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L'Echo du Village - Accueil n°159 - 27 septembre 2001
Rubrique L'actu animée par titibeny


L'art carbure au GPL
Interview de Mirko Vidovic

Cette interview est publiée dans l'Echo du Village numéro 15 dans une version écourtée. Voici la version intégrale de cette entrevue qui vous présente Gnuart et ses principes.

Bonjour Mirko, peux-tu te présenter ?
Je suis Mirko Vidovic, 30 ans, marié, un chat, ressortissant français résidant à Berne, en Suisse où j'exerce la profession d'administrateur système au sein d'une imposante organisation helvétique. Au niveau technique, j'ai à mon actif 20 ans d'informatique, dont 9 d'Internet, 8 de Linux et 6 de programmation Java.
Au niveau artistique, j'ai également commencé à pratiquer la basse puis la guitare il y a 15 ans avant de m'orienter vers des sentiers plus électroniques.
J'ai monté quelques groupes, mais je n'ai jamais vraiment pu m'entendre avec les "techniciens" : Ces musiciens qui s'extasient devant de compliqués dégueulandos ou qui veulent absolument placer un contre-temps quelque part histoire de faire montre de leur sens du rythme (à noter ).
Un de mes derniers groupes en date, Ananke, fort prometteur au demeurant (MP3 disponibles sur gnuart.net), a splitté à cause d'un guitariste en mal d'autorité qui estimait que nous devions tous consigner nos parties instrumentales sur partitions, histoire de nous les améliorer mutuellement.
Le groupe n'a plus jamais pu produire quoi que ce soit, emprisonné dans de stupides règles d'harmonie qui l'éloignaient de sa fougue originelle. J'ai récupéré le violoniste, avec lequel j'ai finalisé ce
qui est devenu aujourd'hui l'Hymne de GNUArt, avant de quitter Lyon, pour des raisons professionnelles.
En chemin, je me suis aussi payé le luxe de boucler la bande originale du premier "gros" shoot'em up 3D pour stations Acorn : "Eternal Destiny".
J'ai également participé à d'autres projets, dont la création de l'ARMada (ARM-Acorn Développeurs Artistes, premier club francophone d'utilisateurs de stations Risc Acorn), la rédaction d'articles
pour ACBM ("Le Virus Informatique", "Pirates Mag'" et "Les Puces Informatiques") ou Posse Presse pour qui j'ai assuré, une année durant, la rubrique Programmation BeOS/C++ dans Login (ex-Dream).
Aujourd'hui je m'occupe principalement de GNUArt, mais aussi de LW12/640 (http://lwww.free.fr), Tompox (http://www.tompox.com) ainsi que d'un choeur classique dont j'assure la présidence administrative en plus d'y renforcer les rangs des basses.
J'aime bien fédérer les gens autour de projets, mon idée de la vie est qu'il faut aimer ce que l'on fait, sinon on n'est pas mieux loti que Chaplin avec ses clefs à mollettes. Je considère également qu'en cas de différend, il faut être un exemple, pas un vulgaire commentateur. Maintenant, si on ne peut ni éviter, ni détruire quelque chose qui heurte nos convictions, je préconise d'essayer de rendre cette chose meilleure, en tous cas acceptable. Loin de toute doctrine politique ou religieuse, je crois
qu'il s'agit de bon sens.

Peux-tu nous présenter Gnuart ?
GNUArt est l'aboutissement d'une idée qui a commencé à me trotter dans la tête il y a de cela 3 ans.
Par un merveilleux lundi matin d'été, je devais une fois de plus prendre à contrecoeur le chemin du travail. Tout en enfreignant toutes les limites de vitesse possibles, entre Bruxelles, où je résidais, et Düsseldorf, ou j'exerçais alors la profession de programmeur C++, je me demandais comment je pourrais me sortir de ce monde de plus en plus pourri par les assurances qualité et autres paperasseries.
Je pensais aussi à une anecdote sur le chanteur Prince, alors appelé "Love Symbol", celui-ci, lié à sa maison de disque pour un certain nombre d'albums avait décidé de bâcler son ouvrage afin de se débarrasser au plus vite de ce boulet gênant. Puis j'ai pensé aux Beatles, dont les droits avaient récemment été rachetés par Michael Jackson.
Enfin, cette citation de Nobuyoshi Tamura, un célèbre maître ès Arts martiaux, m'est venue à l'esprit : "Nul ne peut m'ôter ma force puisque je ne m'en sers pas". Si le copyright est considéré comme ladite "force", alors voilà l'idée de base de GNUArt : accepter l'idée de créer pour le plaisir, pas pour devenir un produit de consommation quelconque qu'une major indifférente périmera dès un seuil de rentabilité quelconque franchi. GNUArt a besoin de la caution d'artistes de qualité, j'aimerais beaucoup, pour ma part arriver à rentrer en contact avec ces groupes de ma jeunesse afin de les convaincre de me confier la garde de leurs oeuvres avant que celles-ci ne disparaissent, oubliées.
Maintenant, je suis également très attaché aux jeunes créateurs, j'ai toujours rêvé de pratiquer le mécénat et GNUArt représente une façon efficace de les aider à trouver la reconnaissance qui les aidera a persévérer dans leur voie. GNUArt rassemble actuellement quelques centaines d'oeuvres d'art émanant de dizaines d'artistes.

Quel est le régime légal qui protège les oeuvres enregistrées sur Gnuart ?
Après de nombreux échanges de courriel (voilà qui fera plaisir aux académiliciens) avec Richard Stallman, père du mouvement GNU, nous sommes parvenus à nous mettre d'accord sur la Licence à utiliser : la Licence GNU GPL. Bien que celle-ci fût, à l'origine, pensée pour des programmes informatiques, celle-ci s'adapte extrêmement bien aux autres créations de l'esprit. Quelques termes (programme, code source) ont nécessité une définition plus précise dans ce contexte inhabituel mais tout s'est fait sans grande difficulté.

Concrètement, que puis-je faire avec une oeuvre sous GNU GPL ?
Tout d'abord, il faut considérer l'oeuvre sous une forme intangible, c'est à dire que la Licence GNU GPL (je suis très pointilleux quant à cette dénomination) ne peut s'adapter qu'à une oeuvre modélisable et donc pouvant, par ailleurs, faire l'objet d'un droit de copie. Par exemple, si une sculpture en elle-même n'est pas susceptible de faire l'objet d'un tel droit du fait de son unicité, on peut cependant protéger des photos la représentant, voire un programme VRML ou tout autre codification de sa représentation en 3D. Donc avant toute chose, il est bon de savoir ce que vous désirez protéger.
Une fois ces choix effectués, nous allons comparer la force de l'"Art GNU" avec celle conférée dans le cadre d'un circuit de distribution commercial classique. La distribution requiert souvent d'abandonner l'exclusivité des droits de propriété intellectuelle de l'artiste. Un musicien doit par exemple céder l'exclusivité des droits de diffusion de son art à une maison d'édition. En retour il percevra soit un montant forfaitaire soit, si il est plus malin, un pourcentage sur les ventes ou locations réalisées.
En contrepartie, il devra parfois soumettre ses apparitions publiques (interviews, concerts, etc.) à l'approbation de son éditeur.
Il devra parfois même laisser un "conseiller en communication" façonner son image de marque.
GNUArt fait fi de cette prison dorée. L'artiste n'est pas l'objet de notre "contrat", seule l'oeuvre d'art compte. Un artiste ayant placé son oeuvre d'art sous Licence GNU GPL peut la diffuser comme il l'entend par ailleurs, sous quelque nom ou apparence (on pourrait parler de "packaging" mais ce terme bien qu'employé dans d'autres circuits me semble réducteur) que ce soit. Une oeuvre d'art libre peut être distribuée par n'importe qui, ceci, sous n'importe quelle forme (compilation/recueil) et même moyennant un prix de vente. Aucune royaltie n'est exigeable en retour.
Exemple: Tompox fait un morceau de musique, le morceau plaît à quelqu'un qui a les moyens de le graver sur CD et qui le vend à la ronde pour 250 Euros. Tompox ne peut que se réjouir de voir son oeuvre diffusée sans que cela ne relève de sa responsabilité. De toutes façons, la protection qu'apporte la Licence GNU GPL lui garantit que son nom et ses coordonnées seront toujours données aux acquéreurs de son Art, ce qui lui garantit que sa notoriété ne subira aucun préjudice.
De plus, si la perspective des 250 Euros l'allèche, il peut très bien graver son propre disque qu'il vendra sous son nom mais attention ! Dans ce cas comme dans le précédent, un moyen d'obtenir gratuitement l'oeuvre en elle-même devra toujours être mentionné : c'est une distribution qui est vendue, pas l'oeuvre elle-même. Continuons dans cet exemple : En farfouillant dans GNUArt, Tompox découvre qu'il aime beaucoup un de mes instrumentaux et qu'il le verrait bien accompagner un texte de son cru. Tompox crée ainsi "Blonde.mp3". La nouvelle distribution doit cependant mentionner le morceau original et son créateur en plus des différents changements apportés.
Attention : l'original étant sous Licence GNU GPL, sa nouvelle version le reste. La protection de la Licence GNU GPL est irréversible et s'étend à toutes les nouvelles versions d'une création. Si les paroles de "Blonde" avaient été polémiques, Tompox n'aurait pas eu de recours. Pourquoi ?
Parce que le fait de spécifier les différences entre version suffit à disculper un créateur et que l'acte de partage est un acte désintéressé. N'oublions pas que l'oeuvre d'art dont on traite est un flot virtuel de données infiniment copiable et modifiable par tous. L'apparition d'une nouvelle version d'une oeuvre n'en rend aucunement obsolète l'original.
Finalement, l'exemple indispensable:
Tompox est maintenant devenu connu et son expertise artistique suscite l'intérêt d'un réalisateur de film qui aimerait bien que Tompox lui confectionne la bande son d'un futur blockbuster. Deux scénarii sont possibles :
1) Tompox va pour une fois accorder l'exclusivité de ses droits à ce réalisateur. Ceci est parfaitement possible puisque la Licence GNU GPL ne s'applique pas à un individu mais bien à une oeuvre
d'art. C'est ainsi que CJM (présent au Village) nous a confiés quelques uns de ses morceaux tout en gardant le reste disponible au cas où une major serait intéressée. Nous n'attachons personne.
2) Tompox désire rester fidèle à son engagement moral. Le réalisateur va cependant accepter sa musique sous Licence GNU GPL sans que le reste du film n'en perde lui-même son statut commercial.
C'est ainsi que dans le cas du Logiciel Libre on voit des éditeurs proposer des distributions commerciales du système d'exploitation Linux qui regorgent de Programmes Libres. Cette possibilité de compilations hybrides permet ainsi une meilleure diffusion passive de l'Art Libre par ses créateurs.
C'est ce que je préconise personnellement puisqu'en bout de compte, tout le monde y gagne.

Pourquoi décider de diffuser librement ses créations ?
D'abord pour soi : Il s'agit d'un acte qui doit être désintéressé. On crée de l'Art le jour où on accepte avec modestie de confier sa médiocrité à l'expertise d'autrui. Maintenant, on peut parfois avoir la faiblesse ô combien humaine d'espérer toucher un public voire d'acquérir de la renommée en
partageant ses créations. J'ai honte de le dire mais c'est parfois mon cas !
Je me console en me disant que cette forme de fierté est aussi une composante indispensable du processus de création et qu'elle garantit quelque part à "l'utilisateur final" un minimum de sincérité, voire de qualité.

Pour en savoir plus


• Gnuart, le site de l'art libre
http://gnuart.org




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1 commentaire :
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art GNU GPL - Par tof4762 le 07 octobre à 10:04

je suis converti puisque quelques une de mes photos sont accessibles par gnuart.net. Je tiens toutefois à dire que la démarche est bonne puisque un de ces clichés se trouve sur une publication nationale (à savoir l'écho du village ;) et que sans la démarche de Mirko jamais cela n'aurait pu être possible !
Tof
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